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Pépère et Mémère au spectacle

Le centre culturel de Chelles fait le plein en ce premier jour d'automne. L'événement est de taille. Le club des chansonniers fête son 90ème anniversaire. Autant d'années qui ont apporté gaîté et bonne humeur aux Chellois. Le spectacle est à la hauteur de l'événement avec chant et danse. 

En invité d'honneur, la famille Tatydaniel, une véritable dynastie. Tous les Tatydaniel sont nés au 1 avenue de la Résistance et ont été baptisés à l'église Saint-André.

Georges Tatydaniel né le 20 juin 1945. Déjà tout petit, c'était un charmeur. Il n'avait pas son pareil pour endormir sa mère Léontine. Toujours à quémander un bisou, une caresse. On le disait gentil

Alice Tatydaniel nées Sortègrif en mars 1943. Femme énergique, elle ne s'en laisse pas compter sauf par son mari

 

Monique Tatydaniel, premier enfant du couple, voit le jour en mai 1970. Elle fait bonne figure à tout le monde mais dès que vous tournez le dos, elle vous taille un costume sur mesure

Martial Tatydaniel, le benjamin, montre son nez le 1er mai 1975. C'est le champion du lance-pierre. Il ne fait pas de détail. Il fait feu de tout bois. Les oiseaux, les fenêtres, les lampadaires. Toujours, il accroche à sa face un sourire cruel.

Albert Tatydaniel né en novembre 1924 est un poète. Depuis son plus jeune âge, il parle, écrit en alexandrins. Quelque peu hâbleur, il aime séduire. Quand il a trop pêché, il va à confesse. 

Léontine née Kelbotan, affiche 88 printemps. L’œil malicieux, elle a toujours un bon mot pour les uns et les autres. Longtemps, elle a battu le pavé de la rue Mouffetard.

 

Ils sont tous là, alignés au premier rang. La salle bruit encore des conversations des spectateurs quand retentissent les trois coups.

 

- Hou la la commence à râler le grand-père Georges. Ils font trop de bruit. J'vais rien entendre

- La ferme, hurle Alice la grand-mère dans le creux de son oreille. Ils vont bien finir par se taire

- T'as vu les chanteurs, ricane Georges,. La tronche qu'ils ont. On dirait des traîne savates

- Tais-toi, dit grand-mère Alice. T'es pas là pour parler mais pour écouter

- Ah, ah, raille Georges, leurs micros marchent pas. Ah de mon temps ça ne serait pas passer comme ça. Quels nuls

- La ferme réitère grand-mère. Regarde voilà les danseurs. Ils vont nous offrir un beau spectacle

- Ah Ah, le grand-père se tient les côtes en voyant un couple de danseurs s'étaler comme des crêpes sur la scène. Regardez-moi ça avec leurs danses modernes ce ne sont que des incapables. Même pas foutus de tenir sur leurs guibolles.

- Viens papy c'est trop pour moi. 

Les voilà tous deux, appuyés l'un contre l'autre à chercher la sortie.

- A gauche, hurle grand-mère alors que le vieux se dirige droit devant lui vers les coulisses

- Qui est moche

- Va vers la gauche. La sortie est vers la gauche

- T'es Alzheimer ou quoi?

- Chut. Taisez-vous protestent les spectateurs. Vous nous écrasez les pieds. Faites attention

Après moult insultes, les deux petits vieux finissent par trouver la sortie et s'exclament "Y a plus de respect pour les vieux. Y a pas à dire c'était mieux avant"

 

 

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Le mariage de Pépère et mémère

Lampions au plafond, pompons autour des chaises, nappes colorées, napperons en papier crépon, le club du troisième âge n'a pas regardé à la tâche pour aménager la grange. Les bouteilles endimanchées avec la vaisselle et les verres en plastique sont au garde-à-vous. Tout est prêt pour le mariage de Pépère et mémère.

Pépère, autrement dit Albert Tatydaniel, appuyé sur sa canne, regarde tendrement Léontine sa compagne. Dans un instant, elle portera son nom pour le pire et le meilleur. Albert est un poète qui n'a pas son pareil pour composer des alexandrins.

- Te souviens-tu Léontine de la corde à linge du jardin

- Oui. On y voyait mes froufrous se balancer au gré du vent. C'était indécent. Comment pouvais-tu en parler puisque nous ne nous connaissions pas.

Mais voyons Léontine, j'imaginais.

- Avec autant de précision? Dis plutôt que c'étaient ceux de cette intrigante de Sylviana.

Albert rougit jusqu'aux oreilles.

- Dis-donc, lui jette Léontine. je suis tombée pil-poil. Tu as bien eu des démêlés avec la Sylviana. Avoue.

- Mais heu; non. Enfin Léontine c'est toi qui me plaisais et toi seule.

- Alors pourquoi rougis-tu?

- Parce que Sylviana me tournait autour. Je lui avais écrit un petit poème qui commençait par Sylviana je t'aime pas et qu'elle m'a giflé violemment...

- Mon Albert que je t'aime, que je t'aime, chante-t-elle en le serrant entre ses bras

Elle serre si fort qu'Albert trépasse. Point de mariage mais jamais on ne vit de si bel enterrement que celui d'Albert.

Texte du collectif La table d'écriture

Sur le principe des feuilles tournantes